La petite histoire des noms des rues de Lyon nommées d’après des femmes

Bonjour à tous ! Je me présente: je suis Siloé, étudiante en troisième année de Licence d’Histoire et aujourd’hui, je serai votre fidèle rédactrice. Cette semaine, j’ai la chance de découvrir Cybèle, à travers un stage auprès de tous ses guides-comédien·es. Iels m’ont confié la mission de vous faire découvrir un aspect de Lyon. Je prend donc ma plume, et me lance dans les rues lyonnaises.
Et si dans cet article, on se concentrait un peu sur les femmes qui donnent leur nom aux rues lyonnaises ? Spoiler : il faut une loupe, un plan de ville et un peu de patience.
Certes, depuis 2020, 81 % des 43 nouvelles dénominations votées à Lyon sont féminines. On pourrait croire à une révolution urbaine façon « matriarcat cartographique ». Mais derrière ce chiffre très photogénique se cache une réalité… nettement moins glorieuse.
En effet, alors que Lyon ne compte pas moins de 2096 rues et squares, on peut réduire le nombre de rues nommées d’après des personnes à 1214. Et malgré plus d’un millier de personnages historiques cités pour nommer les rues, seuls 103 sont féminins… ça fait peur, mais je comprend bien que là, c’est pas super concret pour vous. Alors pour vous aider, ne retenez que ce chiffre-là: 4,9%. Et oui, seuls 4,9% des rues et squares lyonnais arborent un nom de femme.
Alors, pour mettre en lumière celles qui ont réussi à se frayer un chemin jusqu’aux plaques de rue, voici un petit florilège (non exhaustif, bien sûr) de femmes qui méritent largement qu’on lève les yeux en passant devant leur nom.
Les femmes lyonnaises représentées dans leur ville :
Parce que Lyon a été le théâtre de la vie de grandes femmes, voici les Lyonnaises qui peuplent nos rues par leur souvenir et leur nom, et que vous ne connaissiez peut-être pas!
Rue Jeanne Koehler
Depuis 1927, dans le 3e arrondissement
1870‑1926. Jeanne Lumière, épouse Koehler, n’est autre que la sœur des célèbres frères Lumière. Cependant, elle s’est surtout distinguée par son engagement social. Très tôt impliquée dans l’entreprise familiale, elle devient une figure majeure de la philanthropie lyonnaise, œuvrant pour l’hygiène sociale, la petite enfance et le soutien aux femmes en difficulté. Son action, prolongée après la Première Guerre mondiale, a contribué à structurer les politiques sociales de la ville. Une femme de l’ombre certes… mais une femme lumineuse !

Rue Maryse Bastié
Depuis 1956 dans le 8e arrondissement
1898-1952. Maryse Bastié est une aviatrice française qui a fini sa vie à Lyon. Mais avant ça, elle fut pas moins que la première aviatrice française à accrocher de nombreux records féminins d’aviation à son palmarès !

Rue Laure Diébold
Depuis 1970 dans le 9e arrondissement
1915‑1965. Laure Diébold est une résistante française majeure, secrétaire du célèbre Jean Moulin. Arrêtée en 1944, déportée à Ravensbrück puis à Königsberg, elle survit et reprend une vie civile discrète après la guerre. Elle est l’une des six femmes « Compagnons de la Libération » , distinction qui souligne l’ampleur de son courage et de son rôle dans la Résistance.

Rue Eugénie Brazier
Depuis 2000 dans le 1er arrondissement
Pour en savoir plus sur la célèbre cuisinière lyonnaise, rendez-vous sur l’article du blog Cybèle qui lui est dédié: L’histoire de la Mère Brazier : la « Reine mère » lyonnaise.
Place Julie Daubié
Depuis 2003 dans le 8e arrondissement
De son nom complet Julie-Victoire Daubié, elle n’est pas lyonnaise, mais adoptée avec enthousiasme, en tant que première femme française à s’inscrire au baccalauréat… à Lyon, en 1861. Elle obtient son bac la même année, puis devient la première licenciée ès lettres dix ans plus tard (à une époque où les cours de la Sorbonne n’étaient même pas ouverts aux femmes). Bref, c’est une pionnière qui n’a pas attendu qu’on lui donne la permission.
Là encore, Cybèle peut vous donner plus d’informations dans la visite théâtralisée : Chroniques des Lyonnaises inconnues

Adultes
Visite théâtralisée : femmes dans l’histoire
Chroniques des lyonnaises inconnues
Réserver une visiteAllée Marie-Louise Rochebillard
Depuis 2011 dans le 2e arrondissement
1860‑1936. Marie-Louise Rochebillard est une pionnière du syndicalisme féminin en France. Elle fonde, à Lyon, les premiers syndicats féminins professionnels au tournant du XXᵉ siècle, offrant aux ouvrières un espace d’entraide, de formation et de défense de leurs droits. Là encore, vous pouvez en apprendre encore plus grâce à l’épisode de podcast à son sujet : Marie-Louise Rochebillard
Parvis Louisa Siefert
Depuis 2025 dans le 5e arrondissement
1845‑1877. Poétesse lyonnaise du XIXᵉ siècle, Louisa Siefert connaît un succès remarquable de son vivant. Elle publie en 1869 Rayons perdus, un recueil salué par la critique et admiré par Rimbaud (oui, rien que ça). Sa poésie, mêlant spiritualité, mélancolie et intensité lyrique, lui ouvre les cercles littéraires d’Hugo ou de Quinet. Et pour avoir un aperçu de son art, voici un de ses sonnets, tiré de son recueil précédemment cité (vous pouvez consulter toute son œuvre poétique sur https://web.colby.edu/poetes/siefert/works-9/ ):
CRÉPUSCULE
Je ne puis résister à la mélancolie
De la feuille qui tombe & du jour qui s’en va ;
À ce moment, en moi quelque chose se plie,
Quelque chose de fier qui souffrit & rêva.
Cette feuille qui tombe & qu’à jamais oublie
L’arbre, auquel tout à l’heure un souffle l’enleva,
Ce jour déjà mourant qui lutte & s’humilie
Comme un proscrit blessé que le ciel réprouva,
Cette feuille, ce jour, cet oubli, tout m’attriste.
Une seule pensée en mon esprit subsiste,
Qui me dit : c’est hiver ! qui me dit : c’est la nuit !
Demain, cieux & forêts rajeuniront encore…
Mais à la feuille morte, à l’heure qui s’enfuit,
Hélas ! qui parlera de printemps ou d’aurore ?

Des femmes venant d’ailleurs, mais tout aussi inspirantes !
Et comme il ne faut pas être trop chauvin, je me permets de vous présenter quelques femmes tout autant admirables!
Rue Rosa Bonheur
Depuis 2013, dans le 8e arrondissement
1822-1899. Peintre et sculptrice française mondialement reconnue, Rosa Bonheur s’impose au XIXᵉ siècle comme la grande maîtresse de l’art animalier. Et surtout, elle est la première femme artiste à recevoir la Légion d’honneur !

Allée Eugénie Niboyet
Depuis 2016 dans le 7e arrondissement
Si vous voulez tout savoir sur cette écrivaine féministe, voici un épisode de podcast par Cybèle : Allée Eugénie Niboyet
Rue Simone Iff
Depuis 2016 dans le 7e arrondissement
1924‑2014. Militante féministe, Simone Iff joue un rôle central dans les luttes pour la contraception et l’avortement. Présidente du Mouvement français pour le planning familial de 1973 à 1979, elle est l’une des instigatrices du Manifeste des 343, qui contribue à faire évoluer la loi sur l’IVG.

Place Gisèle Halimi
Depuis 2025 dans le 9e arrondissement
Anciennement place Abbé Pierre, cette place a été renommée depuis les accusations de violences sexuelles commises par l’abbé Pierre. A la place, les Lyonnais·es ont décidé de mettre en valeur Gisèle Halimi. Elle est avocate, militante féministe et une figure majeure des luttes anticolonialistes, qui s’est illustrée par son engagement contre la torture en Algérie et pour les droits des femmes. Elle défend des militantes du FLN, cofonde le mouvement Choisir la cause des femmes, et joue un rôle décisif dans la bataille pour la dépénalisation de l’avortement, notamment lors du procès de Bobigny. Elle a mené une vie entière consacrée à la justice. Et honnêtement, renommer une place en son honneur : excellent choix.

Après ceci, j’espère que vous ferez un peu plus attention à nos panneaux et que vous aurez la curiosité de découvrir les autres femmes qui ont eu l’honneur de nommer une rue !
Sources :
- Archives Municipales de Lyon: lyon.archives_voies 1.csv
- Eliza Mayeur, Shannon Bruderer (6 octobre 2025). ARCHIVES/Nommer les voies de Lyon : où sont les femmes ? Histoires lyonnaises.
- Lyon | Mapping Diversity
Un grand merci à Aline Selli qui nous a permis d’utiliser ses illustrations en provenance de son compte Instagram Les femmes dans les rues de Lyon !


